Paris, le 18 novembre 2004

 

 

 

Lettre ouverte à Monsieur Ion Iliescu

Président de la République

Bucarest - Roumanie

 

Monsieur le Président,

 

La première chaîne française TF1, qui est aussi la première chaîne européenne par son audience, a diffusé hier soir un reportage sur la « chasse » rebaptisée à juste titre « massacre » à l’ours en Roumanie.

 

Ces images, d’une cruauté hallucinante, ont provoqué la colère de nombreux Français furieux que nos interventions répétées auprès de votre pays n’ont toujours pas été entendues.

 

Je vous rappelle pourtant que le Président Chirac a fait part à votre 1er Ministre de la réelle émotion suscitée en France par ce massacre programmé qui « alimente une inquiétude sur la préservation des espèces ». M. Raffarin a également déclaré à M. Nastase qu’il espérait que « l’émotion autour de ce sujet serait entendue et comprise par la Roumanie »… à la vue de l’enquête diffusée hier soir, il est évident que l’émotion des Français et d’une partie de l’Europe n’est ni entendue ni comprise mais qu’elle est totalement méprisée par la Roumanie !

 

Lorsque vous m’aviez dit, en mars 2001, que M. Nastase présidait l’association roumaine des chasseurs, je vous avais répondu, sous forme de boutade, qu’il fallait changer de 1er Ministre. Aujourd’hui, ce n’est plus une boutade mais une nécessité absolue de ne pas laisser un excité de la gâchette, qui encourage le massacre d’espèces protégées, à la tête d’un gouvernement… et à plus forte raison à la tête de la Roumanie !

 

Votre pays à la chance de disposer d’un environnement magnifique, d’une faune encore riche, c’est aujourd’hui qu’il faut tout mettre en œuvre pour préserver cette richesse plutôt que la brader à quelques tueurs milliardaires venus de l’étranger.

 

Mes collaborateurs ont pu vérifier la situation scandaleuse des oursons récupérés après que leur mère a été achevée sous leurs yeux, placés quelques mois dans des restaurants afin d’être exhibés puis condamnés à perpétuité dans des cages minuscules, laissés à l’abandon jusqu’à une mort aussi horrible qu’aura été leur vie.

 

Lorsque la Roumanie s’est libérée de son carcan communiste, nous étions nombreux à espérer pouvoir établir des rapports francs et honnêtes, mais nous constatons que les mêmes méthodes rétrogrades, voire dictatoriales, sont toujours utilisées… c’est une honte pour la Roumanie qui n’a définitivement pas sa place au sein de l’Union européenne !

 

Soyez assuré, Monsieur le Président, de mes sentiments écœurés.

 

Brigitte Bardot

Présidente